Lundi dernier, avec ma classe de CM2, nous avons donc parlé des attentats de Paris. Dans un premier temps sous le préau avec les autres classes de cycle 3, puis ensuite un peu plus tard dans la matinée dans la classe. C'était d'ailleurs appréciable car certains n'avaient pas osé prendre la parole devant la cinquantaine d'élève tôt le matin, certains n'avaient pas compris des mots et n'osaient pas demander ce qu'ils signifiaient.. J'ai donc pu les aider à mieux comprendre et surtout à ne pas faire de confusion ou faire l'amalgame entre islamiste et musulman.

C'est dans ces moments qu'on se rend compte qu'un enfant voit beaucoup de choses, il enregistre beaucoup d'informations (provenant de la télévision, de la radio, des réseaux sociaux...) et retient aussi beaucoup des conversations entre les adultes. Un enfant de cycle 3 (8 - 10 ans) est curieux, aime poser des questions, se questionne sur ce qui l'entoure. Ce qui est intéressant avec des élèves de cet âge là c'est qu'ils ont des choses à dire et qu'ils vont argumenter, on peut débattre avec eux et on arrive à leur faire comprendre ce qui se passe avec tout ce qu'ils ont vu ou entendu. Si par contre on a devant nous un enfant plus jeune, c'est délicat parce qu'il ne faut pas heurter leur sensibilité, il faut aussi les rassurer et ne pas leur mentir non plus. Des parents d'enfants scolarisés en maternelle n'ont pas dit un mot sur ce qui s'était passé à leurs enfants et une fois en classe ils ont entendu des choses, dans la cour aussi, et dans ce cas là c'est délicat de rassurer les élèves qui savent des choses par leurs parents, ceux qui viennent de l'apprendre par d'autres élèves et en même temps de continuer à ce que ceux qui ne savent pas ou ne comprennent pas soient toujours rassurés. Quoiqu'il en soit le plus important c'est de rassurer les enfants, leur dire qu'ils sont en sécurité. Même si vous ne le pensez pas entièrement, mettez vous à la place d'un enfant deux minutes. Celui qui a vu des choses horribles à la télévision, qui entend ses amis lui raconter tout cela, celui qui n'a rien entendu du tout et qui entend tout cela. On ne doit pas mentir à un enfant, mais ne l'alarmons pas pour autant. Oui il s'est passé des choses horribles le vendredi 13 novembre 2015, des personnes ont été cruelles, il y a eu beaucoup de souffrance, de tristesse. Mais il faut garder son sang froid et continuer de vivre.

C'était plus facile de commencer la semaine avec ma classe de CM2 et celle de CM1 le mardi. Plus facile parce qu'ils avaient déjà les mots pour raconter tout ça, parce qu'ils ont compris que c'était horrible. Certains ont pleuré, d'autres n'ont pas parlé. Ils ont tous dessiné des dessins, écrits des mots. On a affiché cela sur la fenêtre de la classe donnant sur la cour ou dans le couloir de l'école. Pour eux c'était quelque chose d'important à faire. Ils voulaient montrer qu'ils savaient ce qui s'était passé et qu'ils soutenaient les proches des victimes et les blessés. Et surtout ils ont retenu une chose importante : "tuer est le plus cruel des moyens pour faire passer un message, il faut qu'on vive tous ensemble pour être en paix" (parole d'un élève de CM2).

Voici les dessins de mes élèves de CM2 :

P1050953

P1050952P1050951

P1050954P1050950

(les prénoms sont floutés)

Pour le reste de la journée, autour des attentats, j'en parlais dans mon dernier article.

Pour la fin de ma semaine, du mercredi au vendredi j'étais en maternelle avec des moyens/grands, certains en ont parfois parlé : "c'est à cause des attentats qu'on ne fait pas chorale ?", "maîtresse, D**** il a fait un pistolet avec les cubes, il a pas l'droit c'est méchant!"

***

Quelques paroles d'enfants (en cycle 3) en vrac : ici